Et une nouvelle version! Une!
Je ne vous ferais pas une nouvelle introduction à rallonge… Ci-dessous, le quatrième chapitre du roman qui me poursuit depuis longtemps… Les troisième, deuxième et premier chapitre sont aux post précédents.
Et à cette adresse tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le conflit Anglo-Irlandais…
Elizabeth Cullen a crée quelques couv’ pour mes z’écrits… En primeur en voici une, je vais durer le plaisir et vous ferai par des autres lors des publications suivantes…

Lost Paradise... by Elizabeth Cullen
Bonne lecture!
N’hésitez pas à me laisser vos remarques en commentaires!
Julie
Rupture
Rupture
La nuit se glisse
Comme un serpent soyeux
Suintant de peur
Tu n’es plus là
Le vide informe des murs froids
Le vide a pris ta forme
Le silence est plein de voix
Sans toi
Belfast Parano, Chapitre 4
Chapitre 4
James avait brusquement repoussé le clavier de son ordinateur, avant de venir s’affaler aux cotés de Johanne sur l’énorme canapé rouge qui trônait dans son salon, entre un authentique jukebox de 1955 et une armoire vitrée pleine jusqu’à la gueule de disque vinyles et gadgets kitsch. Ce décor d’une époque qu’il n’avait pas connu le rassurait. Il aimait à se plonger dans ces artificielles fifties hollywoodiennes, à se couper du monde, à oublier jusqu’à sa propre existence ; « vivre jeune mourir vite », dans les bras des starlettes, selon un scénario préétabli. Le sourire de Marylin, sur le mur en face de lui, au dessus des ordinateurs, resplendissait de manière absolument obscène aujourd’hui. Le monde, il le savait trop bien, continuait à tourner quelque soit le nombre de morts. Johanne, au ralentit, se leva pour attraper sa réserve d’herbe et de tabac, afin de se rouler un nouveau joint. Son regard éteint lui rappela celui des poissons à l’étalage sur le marché.
A part attendre, de toute manière, que faire d’autre…
Il se saisissait d’une bouteille de Bushmills et d’un verre, bien décidé à s’abrutir l’esprit lui aussi, quand deux de ces ordinateurs se mirent à résonner de multiples tintements, comme autant de téléphones. Johanne émergeât de sa torpeur d’un sursaut. James vint se poser derrière sa console informatique. On cherchait à l’appeler simultanément sur TOUS ces logiciels Vo.I.P.… Sur messenger : Liam… Sur WebLive : Liam… Sur Skype : Liam…. Il accepta la conversation sur Skype.
Liam : Faut que je te parle immédiatement.
James : Désolé, Brother, pas le moment de se réjouir. J’ai eu une dure journée.
Liam : Rien de joyeux, c’est à propos de ton père… Je ne sais pas comment te dire ça. Il faut qu’on se parle en direct.
James : En direct ou part écrit ça change rien. Qu’est-ce qu’il a encore ?
Liam : Il est mort…
James sentit sa colonne vertébrale tomber en morceaux. Il tenta d’établir une communication vocale sur le logiciel. Pas moyen de passer l’appel. Pas le temps de voir ce qui bloque. (le pare-feu ?). Il se jeta sur son téléphone fixe, composa le numéro de Liam de mémoire, oublia l’indicatif. Il recommença, en s’efforçant de souffler. Liam décrocha. James lui hurla dans les oreilles :
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ??
La voix calme de son ami lui répondit d’un ton mécanique :
- Selon les flics, c’est un cambriolage qui a mal tourné…
- Liam, bordel de merde, dit moi ce qui c’est passé !!
Ce dernier répéta lentement, en appuyant sur chacun des mots :
- Selon les keufs, c’est un cambriolage qui a mal tourné… ce matin, vers 10h… C’est Kieran Adams qui a appelé les Crime stopper… Il dit qu’il a vu une grosse voiture bleue…
James resta silencieux quelques secondes, éclusa une rasade de whiskey à même la bouteille et dit, d’une voix beaucoup trop rapide :
- Qu’est-ce qu’il fout… C’est bon, j’ai compris. On a un cadavre ici aussi… mais je… j’arrive… je prends le premier avion que je trouve.
Il raccrocha d’un doigt tremblant, lâcha le combiné et explosa en sanglots. Johanne s’approcha de lui et l’entoura de ces bras. Sans dire un mot.
Quand elle lui annonça qu’elle avait réservé deux billets pour le dernier vol vers Dublin, James ne protesta même pas et acquiesça d’un signe de tête. Ils avaient une heure devant eux avant que le taxi, pour l’aéroport de Marignane, ne les attende à l’entrée de la rue Pavillon.
Dans la chambre, James, anesthésié par la nouvelle, remplissait une grosse valise Samsonite noire, qu’il venait de tirer de son nid de poussière, avec des gestes mécaniques. Quatre costumes, un tas de sous-vêtements, des chaussettes deux bolo-tie, une bouteille de parfum…
Merde, même en juillet on se les gèle là-haut.
Il ajouta dans la valise son pardessus noir en drap, et réalisa qu’il avait oublié pas mal de choses. Johanne, de son coté, se contentait de ramasser en vrac deux jeans pas trop troués qui trainaient au sol, quelques T-shirt et sweat-shirt, une poignée de petites culotes et de soutiens-gorges qu’elle fourrait en tas dans son sac à dos. Elle observait discrètement le niveau de la bouteille de whiskey que James avait transporté avec lui dans la chambre. A chaque vêtement soigneusement posé dans la valise, il ingurgitait une longue rasade d’alcool. Elle le savait bon buveur, et avait même prit quelques cuites mémorables avec lui. Là, il se saoulait dans l’urgence de faire déconnecter ces neurones, d’échapper un peu à la douleur. Elle craignait qu’il dépasse les limites et ne soit pas en état de prendre l’avion.
Elle-même se sentait bien plus enragée que triste. Elle avait toujours pensé que lorsque l’on pleure la mort d’une personne, on verse plus des larmes sur soi même que sur le défunt, qui, lui, de toute manière, ne souffre plus. On est affecté par le vide que crée cette disparition bien plus que par cette disparition elle-même. Lorsque l’on pleure une mort, on pleure le manque, le néant au sein de notre propre vie… On s’apitoie sur soi même… Or, cela n’avait jamais été dans les mœurs de Wonder Johanne de s’apitoyer sur elle-même.
Elle avait pris cette décision enfant, lorsque sa mère l’avait envoyée dans un pensionnat catholique. Elle se battrait toujours et n’aurai besoin de personne. Jusqu’ici, elle avait réussit à mettre cela en pratique. Même si elle tenait beaucoup à Henriette, elle ressentait plus de rage à l’idée que l’on ait abrégé sa vie de cette manière que de chagrin de la savoir réduite à néant, et cette rage était encore augmentée à l’idée que James venait, lui, d’être privé de son père de la même façon.
Mais,…Merde ! Priorité aux vivants !
De ce quelle savait, en dépit de quelques tensions, James et son père s’étaient toujours aimés et soutenus ; James allait donc sérieusement avoir besoin d’elle ici… Il allait falloir qu’elle se batte pour deux. Si elle l’aimait vraiment, c’était le moment ou jamais de lui prouver. Elle ferma les attaches de son sac à dos d’un geste brutal et décidé puis profita de l’absence momentanée de James pour escamoter la bouteille de whiskey discrètement.
Quand James revint du dressing, avec deux chemises blanches parfaitement repassées, Il chercha des yeux l’alcool. Constatant sa disparition, il ne dit rien, se contentant d’hocher la tête d’un air entendu. En dépit de la présence d’une pile d’une dizaine de chemises parfaitement repassées dans son placard, il avait ressenti le besoin de manier le fer. Cet activité qui rebute la plupart des gens le propulsait, lui, dans le monde des équations et de la rationalité. Il en était arrivé au résonnement suivant : si Henriette et Brendan avaient été assassinés à la même heure, sans doute de la même manière, et à plus de huit cent miles de distances, il y avait obligatoirement un lien entre les deux. Les coïncidences de ce type ne se trouve que dans les romans de gare, et encore, ceux des années 30… Outres le fait d’avoir dépassé la soixantaine, d’être cardiaques, têtus et casse-pieds, ils étaient surtout liés à lui, James Connolly…
Henriette n’avait sans doute pas été tuées par les Santini, mais bien pour l’atteindre lui, James Connolly… Quand à son père, qui pourrai en vouloir à un vieux serrurier à la retraite et en moitié jobard ?… Et ça ne pouvait venir que d’Irlande, puisqu’en France il utilisait l’identité de Charles Parker, citoyen britannique, né dan le Sussex et diplômé de Cambridge, pour ces affaires… De plus, très peu de ces « partenaires » financiers ne l’ont rencontré en personne. A Belfast, par contre, tout le monde connaissait son père, Brendan Connolly, revenu au pays, en 2004, suite à une mise à la retraite forcée lors de la rénovation de son immeuble londonien… et surtout tout le monde le connaissait lui, le fils, James Connolly, membre de l’IRSP et de l’INLA, braqueur arrêté et condamné en 97, accusé du meurtre d’un petit dealer, Peter Tohill, acquitté suite à une contre-expertise balistique, soupçonné par la suite de quatre autre meurtre inexpliqué, de cinq braquages, d’un enlèvement et de trois attentats à la bombes… Il avait fait la une des tabloïds pendant plusieurs mois en 1997 et 1998, chaque fait attribué à l’INLA qui revenait sur le tapis lui était systématiquement attribué…
Ouais,… et si ça vient de là-haut ça peut venir d’une bonne centaine de personnes différentes… Il faut convaincre Johanne de rester ici…
Ses yeux se posèrent sur cette dernière, assise en tailleur au sol, les coudes sur son sac à dos. C’est fou ce qu’elle pouvait ressembler à sa grand-tante quand elle fronçait les sourcils de cette manière, en les faisant presque se rejoindre…
Henriette n’était pas là-haut… et elle avait toujours été méfiante et habituée à faire gaffe à sa peau… et pourtant… Et de toute façon elle refusera de se planquer ici… et tu ne sais pas ce qu’est devenu Ange…
Et la disparition de l’Ange en pleine mer, ne plaidait finalement pas pour cette piste irlandaise unique.
Et calmos, Jim, tu tires des plans sur la comète là… et puis je n’ai absolument aucun élément sur la mort de mon père… et le Bushmills n’aide pas à raisonner clairement… On a déjà vu pire que ça en matière de coïncidence… Ton vieux a tenu à se réinstaller à Beeshmont, c’est pas ce que l’on fait de plus sûr comme coin… et Henriette a toujours été une pro pour se mettre dans des histoires dangereuses…
Johanne se releva, prit son vieux blouson de cuir tout râpé qu’elle avait jeté sur le lit et le coinça entre les attaches de son sac. Elle était prête à partir. James se dit qu’elle n’avait sans doute pas conscience de la situation, mais qu’il la ferait protéger plus efficacement là-haut. Un tueur, quel qu’il soit, ne s’aventurerai pas à s’approcher de son dingue de cousin John, qui sortait tout juste de prison où il avait passé quinze ans pour le meurtre du grand chef de l’UDA…
Johanne regardait fréquemment la montre Smatch noire et rouge qu’il lui avait offerte pour ses vingt-six ans. Il lui sembla qu’elle était impatiente de partir mais quand elle lui dit, d’un ton faussement enjoué :
- On décolle ?
Il s’aperçue que sa voix tremblait légèrement, et que ce n‘était pas d’excitation. Il acquiesa d’un signe.
Johanne l’avait devancé dans le couloir. Il donnait un dernier tour de clef à la serrure de la lourde porte blindée qu’il avait installé lui-même pour sécuriser son logement, quand il sentit, trop tard, une présence. La porte du placard sous l’escalier menant aux étages s’ouvrit à la volée. Une ombre noire le propulsa contre le mur d’un violent coup d’épaule et lui plaqua le canon d’une arme sur la tempe.
- Allez, hop ! Demi-tour on rentre ! Et pas de faux mouvement, ajouta l’homme cagoulé en direction de Johanne, sinon ton mec risque d’avoir des courants d’air dans les neurones.
Belfast Parano, Chapitre 3 Version 2.0
Chapitre 3.
Ange, que la Méditerranée rendait habituellement plutôt serein, sentait un véritable courant électrique lui parcourir les membres. Le calme plat et vain de cette antique étendue d’hydrogène, mêlée d’oxygène et de sodium, lui pesait sérieusement sur les nerfs, comme à peut-près tout en ce moment. Sale période pour les volatiles de son espèce… Il quitta le bastingage pour faire quelques pas sur le pont du Pascal Paoli.
Salope de grognasse de merde… Putain… Comment t’as osé ? Comment tu as seulement songé à faire ça ? Est-ce que je vais fouiller dans tes fringues moi ?
Il sortait avec elle depuis trois mois. Jeanne, une petite bourgeoise que se la jouait artiste, certes, mais plutôt mignonne… gentille… et un beau cul, ce qui ne gâchait rien… Mais bien trop curieuse, et jalouse… Cette fois-ci, quand il lui avait dit qu’il devait rentrer plus tôt que prévu sur le continent, elle n’avait rien dit. Ca l’avait étonné, habituellement, elle lui tapait des crises monumentales, comme la gosse de riches qu’elle était. Ce matin là, elle s’était montrée particulièrement câline et un rien pot de colle puis avait finit par lui dire qu’elle rêvait d’un petit déjeuner au lit. Quand il était revenu avec les croissants, elle l’avait visé avec SON PROPRE FLINGUE, son Glock, hurlant comme une hystérique « C’est quoi ça ? Mais bordel, tu es qui ? » et blablabla… et blablabla…
Pourtant, il ne lui avait pas menti, il était bien étudiant en droit ; il devait même entamer sa thèse en septembre prochain. Il disposait juste de moyens de financement peu orthodoxes… Est-ce vraiment un drame ? Etaient-ils moins moral que ceux des enfants de marchands d’armes ou de patrons de multinationales faisant fabriquer leurs cochonneries dans les usines à esclaves asiatiques ?
Elle avait aussi visiblement épluché son portable qui était maintenant posé devant elle, sur les draps froissés, malmenés par leurs ébats nocturnes. Le cran de sureté du Glock était mis… elle pourra toujours appuyer sur la gâchette…
Un sourire mauvais sur le visage, il se jeta sur elle et lui prit l’arme des mains. Il avait failli la frapper mais avait retenu son geste au dernier moment. Une marque reste une preuve… Puis-bon,… Il n’aimait pas frapper les nanas… Il l’avait insulté, puis menacée de lui « travailler sa belle petite gueule à l’acide » si elle parlait de ça à qui que ce soit. Il était parti en claquant la porte.
Il avait passé une semaine à redouter de voir la poulaille débarquer chez son oncle, mais rien ne se produisit. Les choses semblaient s’être tassées… jusqu’à ce soir, jusqu’à ces deux types qui avaient débuté leur filature quand il était sorti de chez lui, qui l’avait continuée jusqu’au port, puis qui étaient montés sur le bateau avec lui… Le problème, c’est que les choses s’étaient tellement tendues avec les projets d’Henriette qu’il ne pouvait même pas savoir exactement si c’étaient des portes-flingues de Santini, des schmitt ou encore autre choses…
Bah,… Faut faire avec… les risques du métier… J’aurai le temps de les semer en amarrant à Marseille. Ghjullian bosse au fret, il me fera sortir discretos, et Pascal me virera des listings de passager…
Avec une pointe de regret, il jeta son mobile tout neuf à l’eau, pour ne pas être traçable, puis descendit dans les cales retrouver son cousin.
Le bateau arriva à Marseille à l’heure prévue. Ange n’en sorti que deux heures plus tard, avec l’équipage du fret, vêtu d’une tenue de mécano, d’une casquette de caillera et d’un petit diamant à l’oreille. Ses suiveurs stationnaient dans une voiture le long de la quatre voix qui longeait le port autonome. Ils n’y virent que du feu. Ils cherchaient un mec de taille moyenne, brun, habillé BCBG, qui se déplaçait de manière assez raide ; un prolo tendance rappeur Skyrock, aux gestes et à la démarche déliés, passa devant leur véhicule en se payant intérieurement leur tête.
Ange devait à Henriette cette facilité à passer inaperçue. Elle-même avait souvent utilisé des déguisements, tout au long de sa « carrière ». Elle lui avait aussi payé quelques mois de cours de théâtre, pour apprendre à modifier sa gestuelle, sa démarche et même sa voix. S’il n’arrivait pas à camoufler son accent trainant, il se montrait, par contre, très habile pour vieillir son timbre, pour le rajeunir et même pour le féminiser ; ce qui amusait beaucoup son amie. Son visage affreusement banal était aussi un grand atout, rien ne le distinguait d’un autre homme, brun de taille moyenne, aux yeux sombres et à la peau mate.
Il marcha, avec les marins de la SCN, jusqu’à la station de métro de la Joliette où il les salua avant de s’engouffrer dans la bouche avide du sous-sol marseillais. Arrivé à la gare Saint-Charles, il se rendit immédiatement dans les toilettes payantes du quai A pour changer de tenue. Il portait désormais un Levis fatigué et un T-shirt humoristique noir proclamant, à l’aide du célèbre logo d’une marque de cigarette, qu’il était « Malbarré ». Il se rendit ensuite chez Herdz d’une démarche qu’il voulu la plus nonchalante possible. Il s’était bien amusé avec les deux guignols, mais maintenant, il devait se bouger sérieusement pour rentrer à Rousset et prévenir Henriette des galères à venir. Peut-être même que ça convaincrait cet âne de James de leur rendre ce petit service dont ils avaient tant besoin…
La femme de l’agence de location, une blonde décolorée, un peu vulgaire, qui ne le regarda pas une fois, accepta ces faux papiers au nom de Simon Colonna sans ciller. Elle prit l’empreinte de la carte bancaire de Monsieur Colonna, lui fit signer un papier et lui confia les clefs d’une petite 206 grise. Il aurait préféré louer quelque chose d’un peu plus puissant et agréable à conduire mais bon… Selon cette identité il était supposé être enseignant en lycée professionnel, or le secret d’un bon camouflage est d’avoir un personnage le plus complet et banal possible.
Il prit la route en pensant à ce qu’il l’attendait à Rousset. Visiblement, James et Henriette s’étaient sérieusement engueulés. Celle-ci s’était montrée très évasive au téléphone, mais il avait compris que : un, l’irlandais refusait catégoriquement de marcher avec eux cette fois-ci ; deux, Henriette l’avait vraiment très mal pris. En vieillissant, cette dernière devenait de plus en plus autoritaire et ne supportait plus qu’on lui refuse quoi que se soit… et James supportait de moins en moins qu’on lui impose quoi que soit… et la situation avait du s’envenimer.
Il croyait deviner la cause du refus de son « frangin » celtique. Il connaissait un peu son histoire, Henriette lui en avait parlé… Et depuis qu’il s’était casé avec Johanne, il paraissait fermement décidé à se mettre à la retraite… Compréhensible… mais ça ne l’arrangeait pas, les bons hackers ne se cueillant pas sur les arbres.
Il aimait beaucoup la jeune femme lui aussi, mais avait très vite compris qu’il n’avait aucune chance ; ils ne vivaient tout simplement pas dans la même dimension. Johanne était obsédée par la politique, une idée abstraite et idéaliste de la « révolution », elle écoutait des musiques ultraviolentes, dévorait des bouquins comme une denrée vitale… Alors que lui… la seule musique qu’il entendait, d’une oreille distraite, était celle de la radio ou des night-clubs, il avait lu, pour le plaisir, dix livres en tout dans sa vie, dont deux lorsqu’il était en prison, il se foutait royalement de qui faisait les lois -lui trouvait toujours un moyen de les enfreindre- et n’avait jamais mis les pieds dans un musée… Il s’était donc mis à la considérer comme une petite sœur turbulente fréquentant la fac d’en dessous…
Ah… cette bonne vieille guéguerre fac de droit, fac de lettre…. A plusieurs reprise, il avait, pour lui faire plaisir, espionné les guignols de l’UNI, le syndicat d’extrême-droite qui avait son terreau parmi les futurs juges et avocats. Il avait même sympathisé avec le grand chef jusqu’à obtenir son adresse afin que les gauchistes qu’elle fréquentait aillent le démonter… Il ne comprenait pas vraiment l’intérêt de ce militantisme estudiantin stérile,… mais bon… il rendait service à la famille…
Et oui mon petit Ange… C’est comme ça… il faut s’assumer dans la vie… Toi, tu n’es bon qu’à rendre service… à suivre, à faire gentillement ce qu’on te dit de faire…
Et ça ne le dérangeait même pas… Surtout vis-à-vis d’Henriette… Ange n’avait jamais été du genre à se poser des questions, il prenait les choses comme elles étaient, sans trop calculer, sans oser refuser… Quand il était sorti des Beaumettes, tricard en corse, son oncle n’avait pas voulu le laisser dans la nature ; il avait donc appelé Henriette, qui était une amie de jeunesse, pour lui demander de l’héberger.
Ange était alors, très jeune, tout juste dix-neuf ans, et était tout perdu, interdit de territoire dans le seul endroit où il se sentait chez lui, son île natale. Il avait trouvé avec Henriette la sensation d’avoir une maman. Elle le traitait comme un enfant, mais ça ne le dérangeait pas, au contraire. Son oncle, qui l’avait élevé après le décès de ces parents, l’avait toujours traité comme un adulte, ne lui fixant ni règles, ni limites et le laissant entièrement libre de ces choix. Avec Henriette, il se sentait reposé. Il n’angoissait plus, il se laissait conduire… Elle lui avait demandé de reprendre ces études ? Qu’à cela ne tiennent, ça ne pouvait pas lui faire de mal… il avait préparé, et réussit avec brio, une capacité en droit, puis il avait intégré l’université. Elle avait besoin de lui pour de « menus services » ? Qu’à cela ne tiennent, il avait besoin de sa dose d’adrénaline. Cambrioler une villa, faucher des documents dans un bureau, mettre le feu à un autre,… Il n’avait jamais rien refusé. Elle lui avait raconté sa jeunesse, il l’avait immédiatement suivie dans sa vengeance… Elle lui avait présenté son « vieux protégé », James, il en avait fait un frangin, en dépit du caractère absolument imbuvable de l’irlandais, de son tempérament froid et du fait qu’il ne semblât pas trop l’aimer… Elle lui avait présenté sa nièce, il en avait fait une petite sœur, faut de pouvoir en faire sa copine.
Il avait centré sa vie sur Henriette, son existence entière tournait désormais autour de ces cheveux gris et de sa petite silhouette encore splendide nonobstant ces soixante-sept ans. Il savait bien que les gens jasaient sur son compte, qu’on le prenait pour un gigolo, mais il s’en foutait royalement. Il se rattrapait d’une enfance absente… perdu dans ces pensées, il failli manquer l’intersection pour rentrer dans Rousset. Il vérifia à nouveau que personne ne le suivait, ni ne le précédait. Il réduisit sa vitesse, traversa le village, puis s’engagea dans le long chemin mal empierré qui menait chez Henriette.
L’air déserta ces poumons quand il vit que la porte d’entrée était fermée à clefs, Il sortit ces clefs et entrouvrit la porte. Il n’y avait absolument aucun bruit dans la maison.
Elle aurait du être ici… Pas normal…
Un sale pressentiment… il sortit son Glock de la sacoche qu’il portait en bandoulière, ôta le cran de sécurité et appela :
« Henriette »
Pas de réponse. Il réalisa à cet instant que la grosse BM flambant neuve de ce frimeur de Jim n’était pas là. Il poussa le bâtant avec le pied. L’odeur de poudre l’assailli.
Bordel de merde
Il se précipita dans le couloir, l’arme au poing, prêt à tirer. Puis il avança prudemment, adaptant le même pas que James et Johanne deux heures plus tôt… Et il fit la même lugubre découverte… Ses jambes le lâchèrent, il s’écroula en sanglot contre l’encadrement de la porte…
C’est pas possible, c’est pas possible…C’est un cauchemar, je vais me réveiller… Santini, salopard de merde… je vais te chopper et te faire bouffer des couilles avant de…
Attend voir… Si c’est Santini qui a fait ça, c’est qu’il a eut vent de ce qu’on avait déjà trouvé… Des preuves qu’on avait déjà en main… donc il aurait du fouiller la maison…
Il était toujours écroulé contre l’encadrement de la porte. Il se releva. Tout semblait en place…
Pas normal tout ça… Oh, non… pas normal du tout…
Ses yeux se posèrent douloureusement sur le corps de son amie. Au travers de ces larmes, qui coulaient sans qu’il s’en rende compte, il s’aperçu, lui aussi, qu’elle avait été torturée. Et salement.
Putain de merde… ça c’est déjà plus du Santini…
Le four encastré n’était pas à sa place. En s’aidant d’un torchon pour ne pas laisser d’empreinte, le tira fébrilement hors de son emplacement. Le vieux cartable en cuir était toujours coincé derrière. Il l’ouvrit… Tout était là. Les deux livres de compte et les reçus. Et c’était bien les même. Pas de doute, les mêmes taches de café au même endroit…
Pourquoi est-ce qu’ils n’ont pas fouillé la maison ?
En quelques foulées, il grimpa à l’étage, ouvrit les deux hautes armoires provençales de la chambre d’Henriette. Sous les draps blancs embaumant la lavande, il trouva : deux Beretta, leurs silencieux et leurs boites de cartouches, un canon scié et un fusil à pompe –avec leurs munitions respectives. Tout était à sa place. Dans la pièce d’à coté, sa chambre à lui, idem. Rien n’avait bougé d’un millimètre.
Il descendit à la cave, volant presque au dessus des marches. Il jeta à terre les casiers à vin, brisant une dizaine de bouteilles de vieux crus. Le petit coffre blindé à serrure numérique de dernière génération était toujours à sa place. Il l’ouvrit en composant sa combinaison personnelle, puis en y apposant son index. Le fric et les faux papiers avait disparus, les livres de compte des activités d’Henriette étaient toujours là. Pour la seconde fois, il sentit ces jambes se dérober sous lui, une idée venait de se former involontairement dans ces neurones.
Et si c’était… Non, il ne l’aurait pas torturée… non,… ce n’est pas son style… si,…il aurait pu… Qu’est-ce que tu connais de lui après tout ? Il a quand même fait parti de l’un des groupes paramilitaires les plus dangereux d’Europe de l’Ouest…
Et Henriette aurait pu lui faire péter un câble… Obstinée comme elle l’est…
Comme elle l’était…
Il se passa la main sur le visage.
Merde ! Johanne !
Il remonta les escaliers de la cave quatre à quatre. Il reviendrait plus tard faire le tri dans ce que la police ne devait surtout pas trouver. Il remonta au pas de course à l’étage prendre un Beretta et le canon scié, il sorti de la maison, ferma la porte d’entrée à clef et se jeta dans la minuscule voiture d’occasion.
Du trajet, il ne garda qu’un souvenir vague de panneaux indicateurs défilants et de l’aiguille du compteur dépassant très largement le légalement admis… ce n’était pas dans ces habitudes, la vitesse est un risque idiot, mais…
…Johanne,… merde… Si James a vraiment cramé une durite, il a pu s’en prendre à elle aussi…
Il posa littéralement la petite voiture sur le cours des minimes et se précipita au pas de courses jusqu’à la rue Bédarrides, dans le centre-ville. Il escalada les quatre étages menant au minuscule studio de Johanne. Porte d’entrée forcée. Il poussa le battant prudemment. Odeur métallique, mêlée de souffre… Une énorme tâche de sang sur le lit… et des poils gris… il s’avance dans la pièce. Charles, l’apathique chartreux de Johanne, … Il s’approcha du corps du félin. On avait tiré deux balles qui avaient littéralement réduit l’animal en bouillie. Le logement n’avait, sinon, subit aucun dommage…
Il est tant d’aller mettre certaines choses au clair…
